Si les technologies numériques peuvent élargir les libertés humaines, elles peuvent aussi avoir des conséquences involontaires préjudiciables à la sécurité humaine. Le chapitre 3 s’intéresse à certaines des menaces que les technologies numériques font peser sur la sécurité humaine. Il examine tout d’abord comment les cyberattaques courantes et les nouveaux outils technologiques peuvent nuire à la sécurité humaine. Il analyse ensuite le risque de compromission des droits humains induit par la lutte contre la cybercriminalité et la manière dont le recours croissant aux algorithmes de l’intelligence artificielle (IA) peut affaiblir la sécurité humaine. Enfin, il étudie les effets des inégalités d’accès aux technologies sur la sécurité humaine, dont l’accès inégal à la vaccination contre la COVID-19 est une parfaite illustration.
Le monde connaît aujourd’hui des niveaux élevés de conflits : environ 1,2 milliard de personnes résident dans des zones touchées par des conflits, dont 560 millions vivent dans des pays qui ne sont pas considérés comme des contextes fragiles (figure 6). De plus en plus de personnes, dans de plus en plus d’endroits, sont confrontées à une forme ou une autre de conflit, et la violence est une préoccupation pour la majorité de la population mondiale. Le chapitre 4 vise à centrer l’analyse des conflits sur les populations plutôt que sur les contestations. En partant de définitions bien établies du conflit, ce chapitre élargit la réflexion pour examiner conjointement les menaces qui pèsent sur la sécurité humaine et les personnes qui vivent dans des zones touchées par des conflits. Il montre ainsi comment une nouvelle forme de sécurité humaine fondée sur la protection, l’autonomisation et la solidarité peut éviter les angles morts et soutenir la construction de sociétés justes et pacifiques.
La persistance des inégalités de développement humain et de la discrimination a une incidence directe sur la dignité. Les inégalités en matière de dignité humaine ne relèvent pas seulement de la morale ; elles sont délétères à l’échelle de la planète et ont des répercussions concrètes directes sur le développement humain. Le chapitre 5 explore les différentes expériences d’inégalités horizontales associées au chevauchement des identités. Il souligne l’importance d’appréhender les humains comme des acteurs – et non comme des victimes – lorsqu’on analyse la façon dont les différents groupes sociaux abordent les défis de la sécurité humaine et les causes structurelles qui peuvent générer de la discrimination et de la violence à l’égard de ces groupes. Par ailleurs, l’accent mis sur la capacité d’agir montre que l’élimination des inégalités horizontales n’est pas seulement une question de justice pour les personnes frappées de discrimination ou d’exclusion, mais également un facteur d’enrichissement pour les communautés et la société en général, car la capacité d’agir est un élément clé des processus plus larges de changement social. En outre, une approche axée sur la capacité d’agir est une reconnaissance du fait que les personnes ont plusieurs identités à la fois. L’appartenance simultanée des individus à différents collectifs permet d’établir une solidarité entre les groupes à partir de valeurs et d’objectifs communs. Une capacité d’agir solide renforce l’espace de solidarité, car les individus sont mieux à même de raisonner, d’élaborer des stratégies et de participer à des initiatives qui transforment la société.
Si les dernières décennies ont été marquées par des améliorations majeures de la santé mondiale selon les indicateurs standard, une nouvelle génération de défis a vu le jour sous la forme de pandémies, de la prédominance des maladies non transmissibles et de l’inadéquation entre les défis sanitaires et les systèmes de santé. Le chapitre 6 explore ce décalage entre les menaces sanitaires et la capacité des systèmes de santé à y faire face. Pour évaluer la mesure dans laquelle les systèmes de santé peuvent être qualifiés d’universels, le rapport fait appel à un nouvel indice d’universalité des systèmes de santé. Cet indice repose sur une conception globale de l’universalité constituée de la couverture effective à laquelle s’ajoutent deux autres composantes : la générosité et l’équité. L’indice d’universalité des systèmes de santé a progressé au fil du temps : entre 1995 et 2017, il a gagné presque 8 points au niveau mondial. Toutefois, les écarts d’universalité entre les différents groupes de l’IDH se creusent en moyenne (figure 8).
Le chapitre aborde ensuite les inégalités de redressement après l’épidémie de COVID-19, l’évolution de la charge qui pèse sur les systèmes de santé, la mesure dans laquelle la faiblesse des systèmes de santé aggrave l’insécurité humaine et la possibilité de créer une nouvelle forme de sécurité humaine grâce à l’universalité. La réévaluation et la réforme des systèmes de santé sous le prisme de la sécurité humaine révèlent que les systèmes de santé font partie des outils les plus prometteurs pour promouvoir une nouvelle génération de stratégies en faveur de la sécurité humaine.
L’attention permanente et universelle portée à un cadre conceptuel enrichi de la sécurité humaine peut mettre fin aux trajectoires d’un développement marqué par l’insécurité humaine qui ont donné naissance à la pandémie de COVID-19, au changement climatique et, plus généralement, aux défis soulevés par l’Anthropocène.
Dans le contexte de l’Anthropocène, nous devons impérativement aller au-delà des interventions fragmentées pour faire face au changement climatique, à la perte de biodiversité, aux conflits, aux migrations, à la question des réfugiés, aux pandémies et à la protection des données. Nous devons porter une attention systématique, permanente et universelle à la solidarité – non pas comme un acte de charité facultatif, mais comme un appel à poursuivre la quête de la sécurité humaine dans l’intérêt de l’humanité.